L’or au sein d’une allocation d’actifs

Quel rôle pour l’or au sein d’une allocation d’actifs dans le contexte actuel?

8 septembre 2020
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L’or, au même titre que les matières premières dans leur globalité, fait partie des classes d’actifs massivement échangées sur les marchés financiers. Historiquement utilisé comme étalon pour les monnaies internationales, jusqu’au milieu du XXe siècle, l’or demeure un actif tangible et inaltérable dont le prix fluctue selon différents facteurs, et surtout une valeur refuge présente dans les réserves des banques centrales et dont l’intégration physique au sein des marchés financiers reste limitée.

La pandémie de la Covid-19 a changé la nature du marché de l’or, déplaçant la demande des consommateurs vers les investisseurs, qui se tournent vers les métaux précieux en tant qu’instrument de couverture et de diversification de portefeuille.

Cette appétence particulière pour la matière aurifère s’illustre par les niveaux records atteints par l’once d’or, qui a même dépassé sur le mois de Juillet la barre symbolique des 2000$ pour la première fois. Sur l’année 2020, l’or affiche une performance de +27,13% (au 24/08/2020) quand les marchés actions mondiaux s’établissent à +2,12% sur la même période.

Une diversité des moteurs de performance

Les facteurs qui influencent l’évolution du cours de l’or sont multiples :

  • La situation économique et géopolitique mondiale : un environnement global tendu implique des incertitudes plus importantes, favorisant l’or en tant que valeur refuge. Dans un même temps, une période d’expansion économique accompagnée d’un regain d’inflation est généralement corrélée à une hausse des cours de l’or.
  • Le cours du dollar américain : le cours du dollar étant le reflet de la santé de l’économie américaine, son niveau a donc des répercussions sur celui de l’or. La baisse du cours du dollar américain est corrélée à la hausse du cours de l’or.
  • Les taux d’intérêt : l’or, comme la plupart des matières premières, ne distribue ni dividendes ni intérêts, impliquant donc un coût d’opportunité plus important lorsque les rendements obligataires sont élevés. Une hausse des taux d’intérêt implique donc généralement une baisse du prix de l’or.
  • Le rapport entre offre et demande : comme tout actif, la relation offre/demande régule le prix de l’or, ces deux segments se divisant entre consommation et investissement de l’or.

Une forte résilience dans l’environnement actuel

La pandémie de la Covid-19 a entraîné une augmentation globale du niveau d’incertitude concernant l’économie, forçant les banques centrales à relancer les politiques monétaires accommodantes, laissant supposer des rendements bas pour une période conséquente. Dans ces conditions, le coût d’opportunité de l’or devrait rester relativement modeste, d’autant plus que la matière aurifère, contrairement à la dette souveraine et aux obligations d’entreprise, ne fait supporter aucun risque de crédit.

La dégradation de la santé de l’économie américaine, combinée aux multiples baisses des taux de la Réserve Fédérale américaine au premier trimestre, a également provoqué une baisse du dollar américain ces dernières semaines, bénéficiant à la poursuite de la hausse des métaux précieux.

De plus, la production des mines d’or, après avoir reculé en 2019, a décliné de 3% durant le premier trimestre en raison de la fermeture des mines. Le choc d’offre est donc non négligeable, quand la demande, comme présenté dans l’introduction, s’est déplacée d’une demande physique vers une demande financière, cet équilibre dépendant de la forme de la reprise économique mondiale et en particulier de l’évolution des taux réels (taux nominaux ajustés de l’inflation).

En plus d’accroître la diversification dans l’allocation d’actifs, l’or permet de renforcer la résilience d’un portefeuille en période d’incertitudes.

L’évolution de ces fondamentaux justifie donc la hausse de l’or depuis le début de l’année et légitime pleinement la place que cette classe d’actifs peut posséder au sein d’une allocation.

En effet, en plus d’accroître la diversification dans l’allocation d’actifs, l’or permet de renforcer la résilience d’un portefeuille en période d’incertitudes, et la faiblesse actuelle des taux d’intérêts devrait permettre à la demande financière de se maintenir voire de poursuivre sa hausse, contrebalançant donc une potentielle baisse de la demande physique successive au ralentissement économique. Dans un scénario de reprise économique en V, une poche aurifère peut également représenter une couverture face aux potentielles pressions inflationnistes qui pourraient pénaliser la poche obligataire d’un portefeuille.

La notion de “valeur refuge” est plus que jamais vérifiable en ce qui concerne l’or, comme illustré par les performances mentionnées précédemment, et même si d’un point de vue tactique, les niveaux records atteints récemment peuvent sembler dissuasif, il peut être pertinent d’initier des positions aurifères au sein des allocations équilibrées et dynamiques pour augmenter la résilience d’un portefeuille.

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